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Compte
rendu des rencontres « Mardis numériques »
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Direction des débats : François COULON Intervenants :
Le texte à l’écran : écrire pour ou vivre avec ?
Journaux en ligne, littérature numérique, e-mail, wiki, SMS... Passé en quelques années d’un statut de renégat des illusions du multimédia à celui de colonne vertébrale des échanges par internet, le texte à l’écran est plus que jamais l’objet de pratiques diverses et contradictoires. Celles-ci attisent les craintes, suscitent les vocations, révèlent lacunes orthographiques et talents littéraires... Quel regard artistique y porter ? En quoi changent-elles fondamentalement notre rapport à la lecture et à l’écriture ? Le mail a-t-il vraiment renouvelé l’art perdu de la correspondance ? Le français survivra-t-il aux SMS/MMS ? Quatre millions de blogs, et moi, et moi, et moi ? Et dans cette histoire, que devient l’hypertexte ? Sans peur, sans reproche et sans complexe, les Mardis numériques ouvrent le dialogue. Pour ceux qui ne sont pas (encore) des habitués de cette manifestation originale, précisons que celle-ci, un mardi par mois, rassemble autour d’un verre les acteurs de la création numérique, dans une ambiance informelle et totalement non-violente. Ouverte à tous, on y croise des artistes de tous poils, débutants ou reconnus, des développeurs, chercheurs, organisateurs, mais aussi des étudiants et des curieux, tout simplement. Le rendez-vous est fixé (pour cette deuxième saison) à 21 heures au « Lou Pascalou » à Paris. L’unique difficulté de la soirée consiste à savoir danser la « valse des chaises » et à apprendre à disposer les tables en « cercle carré » autour des intervenants, tout cela pour mieux comprendre ce qu’est une tentative de « mise en désordre de l’ordre », sorte d’ébauche décalée de rationalisation de l’espace. La soirée commence par la traditionnelle commande du lot de boissons diverses et variées (du verre de lait au black russian, en passant par les plus classiques verres de vin et bières pression), puis par les non moins coutumières introduction et présentation des invités par le maître de cérémonie. Le débat peut commencer...
Jacques TRAMU, qui « [se] sent proche d’un faignant » (sic), déclare avec bonhomie qu’il lui est plus agréable de faire bosser les autres que de bosser lui-même ! C’est la raison pour laquelle, affirme-t-il, il a opté pour la forme du « wiki ». Écholalie, le site de toutes les listes, a donc été conçu comme un « wiki » (d’un terme hawaïen qui signifie « vite »), c’est-à-dire un site dont le contenu peut être modifié très simplement et à tout moment par l’internaute qui le désire. Ainsi, lui, vous, moi, pouvons à loisir, et selon notre gré ajouter, supprimer, corriger… Avez-vous déjà goûté la terrine de chinchards napiformes aux concombres ? Pratiquez-vous le jeu de Go avec un bédane ? Et Georges BROUGNARD se couche-t-il de bonne heure ? Sur ce site entièrement ouvert aux contributeurs de tout poil, tous les amoureux des mots et de la langue (les Georges PÉREC en puissance, en quelque sorte) peuvent s’en donner à cœur joie. Se construit ainsi, jour après jour, un monument de la littérature et de l’humour sur internet, un chef-d’œuvre en constante évolution…
Jacques
TRAMU, Myriam BERNARDI et François COULON / Jacques TRAMU en gros
plan
Dans cette seconde catégorie, on trouve entre autres les textes animés, les textes sonorisés, les textes collectifs ou participatifs qui permettent à l’internaute d’écrire une partie du texte (wiki, journaux collectifs), et l’écriture hypertextuelle. Le site « Ce qui me passe par la tête » est de ce dernier type. Son auteur y adopte une écriture par hypertextes qu’elle sent proche du fonctionnement intime de la pensée : la superposition de fenêtres, qui fonctionnent comme des incises de type « poupées russes », mime une pensée qui progresse par digressions successives. Du côté lecture, le Reader d’Étienne CLIQUET ouvre de nouvelles voies originales. Basé sur un nouveau langage, le TRML, ce programme permet en effet de personnaliser la vitesse de défilement d’un texte. L’objectif des créateurs de ce procédé est d’organiser des lectures collectives. Un vidéoprojecteur et un ordinateur suffisent pour donner vie à ces évènements. L’idée est de définir des « playlists » de textes destinés à être projetés lors de lectures publiques. Devenir en quelque sorte un « teejay » (text jockey) - en référence bien sûr aux « deejays » (disc jockeys). Et tout ça pour quoi, me direz-vous ? Pour « rêver ensemble ». En effet, que fait-on lorsque l’on va « au cinéma » ? On se rassemble dans une salle à plusieurs, on regarde les mêmes images et on entend les mêmes sons, on est invité à « rêver ensemble »… ce qui n’empêche pas que chacun vit sa propre expérience, est soumis à des sensations qui lui sont personnelles. Eh bien ! c’est un peu ce que nous propose ici Étienne Cliquet avec son Reader : « un jour peut-être, on ira lire un livre comme on va voir un film… » Douce utopie de quelque rêveur esseulé ? Pas si sûr… En tout état de cause, il faut reconnaître que le concept est louable.
Pour Jean François PORCHEZ, la lecture sur le web n’est pas si différente que cela de la lecture de revues : textes et images sont mêlés, le lecteur peut y accéder par de multiples points d’entrée, etc. Ce qu’il reconnaît en revanche bien volontiers, c’est une spécification très accentuée de l’écriture sur écran dans ses contraintes typographiques : pour lui en effet, le web peut vite devenir une catastrophe ! En particulier, il dénonce sans vergogne l’utilisation des fontes « Arial » et « Geneva », qui sont « bonnes pour la poubelle » lorsqu’il s’agit d’afficher un texte à l’écran. En revanche, il préconise l’usage des polices « Verdana » et « Georgia », qui ont été créées spécialement pour une lecture sur écran par Matthew CARTER (en 1996). La question se pose également de savoir, du bitmap ou du niveau de gris, quel est le mode d’affichage du texte le plus lisible. Il semblerait a priori, et c’est d’ailleurs la solution qui a été choisie sur les écrans LCD, que le premier ait un petit avantage sur le second. Il existe cependant maintenant une solution « intermédiaire », une technologie appelée Cleartype, développée par Microsoft. Sans compter que le web ne remet pas fondamentalement en cause l’ensemble des bonnes vieilles règles de lisibilité d’un texte, comme par exemple limiter la longueur des lignes ou le nombre de mots par phrase…
Aliette GUIBERT revendique pour sa part l’utilisation raisonnée et artistique du « texte image », qu’elle a de tout temps préféré à l’HTML classique. Pour elle, ce parti pris de l’image, qui était un vrai pari au départ (il ne répondait clairement pas, lors de la parution du n°1 de la revue, en octobre 2000, aux critères très basiques d’hypertextualisation à tout va prônés par certains) permet une scénographie importante du texte (en jouant sur les typographies, le contexte graphique, etc.) que ne permet pas l’HTML. Du coup, le texte retrouve une puissance énigmatique.
Jean
François PORCHEZ et Aliette GUIBERT, pas toujours sur la même
longueur d’onde...
David CHRISTOFFEL, qui intervient maintenant, est un bon exemple du type d’artiste qu’Aliette souhaite promouvoir (il dispose d’ailleurs sur Critical Secret d’un espace entièrement dédié à son travail). Adepte presque « forcené » du spam littéraire, il a harcelé pendant un an (de février 2002 à février 2003) plus de 2 000 personnes en leur envoyant à intervalles réguliers (tous les dimanches) un mail constitué de « collages » donnant volontairement l’illusion de leur être adressé personnellement (mais qui ne l’était bien sûr pas, de fait !) On peut alors légitimement se poser la question : « le spam est-il un exercice oulipien ? » Pour David, ce n’est pas là qu’un simple exercice de style dénué de toute dimension littéraire : ici, le fond du texte compte aussi pour beaucoup. Le faible taux de désabonnement (environ une dizaine par envoi) tendrait à prouver d’ailleurs qu’il était plus que « le clown du dimanche », et que son œuvre trouvait auprès de son public un écho, sinon favorable ou attentif, du moins bienveillant.
LE DÉBAT DE CE SOIR A PERMIS DE METTRE EN VALEUR DIVERS TYPES D’ÉCRITURE POUR LE WEB. QU’IL S’AGISSE DU WIKI OU DU BLOG, DE LA REVUE EN LIGNE OU DU SPAM LITTÉRAIRE, L’OBJECTIF EST BIEN TOUJOURS DE PRODUIRE DU TEXTE ET DE LE DIFFUSER VIA LE MÉDIUM INTERNET. CERTES, L’USAGE DE CE DERNIER COMME SUPPORT EST PÉTRI DE SPÉCIFICITÉS (AINSI, ON L’A VU, DES RÈGLES PARTICULIÈRES EXISTENT POUR OPTIMISER L’AFFICHAGE DU TEXTE SUR UN ÉCRAN, QUE CE SOIT DANS LE CHOIX DES FONTES OU DANS LE RESPECT DE LOIS DE LISIBILITÉ CONNUES). EN OUTRE, IL EST AUSSI LE TERREAU D’INNOVATIONS PERPÉTUELLES QUI AMÉLIORENT OU MODIFIENT NOS HABITUDES DE LECTURE (COMME LE RÉCENT « READER »). MAIS CE QUI COMPTE FINALEMENT, C’EST QUE TOUT CELA CONCOURT À LA RECONNAISSANCE DE DIVERS TYPES DE PUBLICATIONS, PLUS OU MOINS INTERACTIVES, PLUS OU MOINS ESTHÉTIQUES, PLUS OU MOINS ENGAGÉES DANS UN SENS OU DANS L’AUTRE, MAIS CONTRIBUANT TOUTES, À LEUR MANIÈRE, À LA DIVERSITÉ ET À L’ÉLARGISSEMENT DE LA DIFFUSION DE LA CRÉATION NUMÉRIQUE SUR INTERNET. POURVU QUE ÇA DURE...
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